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Micro finance: 58
institutions, 50 milliards de dépôt. ça marche!
Source:
fratmat.net du 7/7/2004
- Cinquante huit institutions
agréées par la direction du Trésor, près de 50 milliards de
dépôt, entre 18 et 20 milliards de crédit… Voici quelques
indications chiffrées qui présentent le visage actuel de la
micro finance en Côte d’Ivoire. Il n’y a pas de doute, ça
marche. A preuve, le directeur du Trésor, M. Blé Lami et le
sous-directeur des institutions de micro finance (IMEC), M.
Gonnet Jules, expriment un satisfecit devant cet engouement des
Ivoiriens pour le secteur.
En lançant en 1976 le mouvement
par la création du réseau des Caisses rurales d’épargne et
coopératives d’épargne et de crédit (CREP-COOPEC) afin d’aider
les ruraux à financer leurs activités, les autorités ne
s’imaginaient probablement pas que la micro finance allait
atteindre un tel niveau. De l’idée (rurale) de départ, la micro
finance est aujourd’hui un véritable secteur financier qui jette
sa toile aussi bien en zones rurales que dans les villes. Il ne
s’agit même plus de la seule collecte de l’épargne du secteur
informel. Fonctionnaires, travailleurs du secteur privé et
opérateurs économiques de petites et moyennes entreprises s’y
retrouvent.
Le réseau Coopec, la plus
ancienne des institutions, joue remarquablement le rôle de
grosse locomotive en la matière. Ce réseau organisé à travers
une fédération dénommée FENACOOPEC-CI, possède, à mars 2004, à
lui seul plus de 500 mille sociétaires repartis dans 131 points
avec plus de 48 milliards d’épargne (plus de 90% des dépôts de
l’ensemble des institutions de micro finance). Remarque
importante, et le sous-directeur des IMEC, l’a si bien notée,
c’est que malgré la grave crise qui secoue la Côte d’Ivoire, la
courbe toujours croissante de la collecte de l’épargne ne s’est
pas brisée.
Comme l’on peut le noter, le secteur de la micro finance a gagné
la bataille de la collecte de l’épargne. Mais, le sous-directeur
des IMEC a fait remarquer lors de la 10ème assemblée générale de
la FENACOOPEC que “les dépôts ne constituent pas un
enrichissement. C’est un endettement. Or, toute dette n’est
utile que dans la mesure où elle contribue à l’enrichissement de
l’emprunteur”. Aussi demande-t-il à ce que tout soit fait pour
que les épargnants accèdent à plus de ressources pour financer
leurs activités génératrices de revenus. Car la micro finance
n’est plus “un instrument de lutte contre la pauvreté, mais une
stratégie de distribution de la prospérité”. Le responsable cite
l’exemple de l’ACEP au Sénégal qui réalise un excédent de 800
millions de francs avec seulement une quarantaine de points de
service et de celui de PADME au Bénin qui réalise un milliard
d’excédent dans la région du sud avec un fonds de crédit
d’environ une quinzaine de milliards. Les institutions
ivoiriennes, pense-t-il, devraient pouvoir réaliser cette
performance. Car il est démontré aujourd’hui que le ratio de
rentabilité en micro finance est compris entre 30 et 40% pour
une unité monétaire investie.
Pour l’instant, le directeur du
trésor constate que les crédits n’ont pas grimpé comme on
l’aurait souhaité. Ils tournent autour de 18 et 20 milliards.
Cela lui paraît insuffisant, mais il pense que la situation
fragile du pays y est pour quelque chose.
Distribuer des crédits, oui.
Mais cela doit se faire dans une stricte rigueur des règles
d’une gestion de qualité et de transparence. A ce niveau, il
semble que les choses ne sont pas encore nettes. A preuve, les
remous constatés dans certaines institutions. Le cas édifiant
est celui de CADEFINANCE qui a maille à partir avec ses clients
de “la tontine moderne” dénommée CADE7. Depuis six mois, rien ne
va plus. L’affaire est aujourd’hui aux mains de la police.
Quant au géant réseau Coopec,
l’on a enregistré un déficit d’ensemble de 513 230 204 de francs
pour l’exercice clos le 31 décembre 2003. Il y a eu 46 caisses
déficitaires contre 37 l’an dernier et 37 caisses excédentaires
contre 37 l’an dernier. Ces résultats sont loin d’alarmer les
dirigeants de la FENACOOPEC. Ils font remarquer que “le nombre
de caisses déficitaires s’est accru principalement du fait des
ouvertures de nouvelles caisses”. C’est aussi la même
explication qu’ils donnent pour le déficit cumulé.
Une chose est sûre, comme le
soutient le directeur du trésor, M. Blé Lami, le bilan est
positif dans l’ensemble du secteur. Il faut seulement continuer
à veiller qu’il n’y ait jamais de crash comme il le redoute. La
direction du Trésor et la commission nationale de la micro
finance dirigée par le directeur général de la comptabilité
publique et du Trésor, M. Diby Koffi en sont conscientes.
Repère
• Le réseau CREP-COOPEC, géniteur de la FENACOOPEC-CI, a été
créé en 1976 par l’Etat avec l’aide du centre international du
crédit mutuel. Le but était de permettre aux ruraux de financer
des activités afin de promouvoir le développement du milieu
rural.
• C’est à partir de 1994 que le réseau a reçu d’importants
apports financiers de la part des bailleurs de fonds extérieurs.
Notamment, la Caisse française de développement, l’Agence
canadienne de développement, le ministère de la Coopération
française, la Banque mondiale et l’Etat de Côte d’Ivoire.
• C’est en 1995 que le réseau ayant atteint les zones urbaines,
a changé de dénomination en abandonnant le terme CREP (caisse
rurale d’épargne).
• La loi portant réglementation des institutions mutualistes ou
coopératives d’épargne et de crédit a été instituée le 22
juillet 1996.
• La commission nationale pour la micro finance ayant pour
mission le suivi et la mise en œuvre de la tutelle des
institutions de micro finance, a été créée le 8 août 2002. Elle
est présidée par le directeur général de la comptabilité
publique et du Trésor.
• Ce sont au total 58 institutions qui opèrent actuellement,
munies de l’agrément de la direction du Trésor.
• Les dépôts tournent autour de 50 milliards pour l’ensemble des
institutions. Le réseau FENACOOPEC détient 90% de cette somme.
Tendances : Youpi !
Vous arrive-t-il de sanctionner ceux qui commettent de graves
fautes ? “Il nous arrive de penser à fermer les structures
fautives… ”. Cette réponse du directeur du Trésor, M. Blé Lami,
peut surprendre plus d’un. Mais celui-ci est suffisamment
responsable pour savoir de quoi il parle. La loi qui régit le
secteur de la micro finance pose effectivement problème au
niveau des sanctions. “Elle n’a pas prévu l’application facile
des sanctions”, soutient le directeur. Encore une explication
bizarre ! Me diriez-vous. En fait, c’est un problème d’argent
dans une affaire d’argent. Si à la suite de malversations graves
de la part des responsables d’une institution de micro finance,
la tutelle venait à suspendre ces derniers et nommait un
administrateur provisoire, qui le prendrait en charge ? Ou si
l’agrément était purement et simplement retiré, qui
rembourserait les déposants ?
Ces questions ne sont pas de moi, mais du directeur du Trésor.
Et en parcourant le texte de loi, on constate qu’il n’a pas
tort.
Quelle veine pour des justiciables qui ne craignent pas d’être
sanctionnés !
Alors, Youpi !!! Peuvent crier les créateurs et dirigeants
d’institutions de micro finance. Même s’ils commettent des
fautes graves dans la gestion de leurs structures, ils ne
risquent rien du côté des autorités de tutelle. Elles ont les
sanctions mais elles ne peuvent pas les appliquer facilement au
risque d’être mises à contribution au plan financier.
Mais alors comment les choses se passent-elles dans les autres
pays africains cités comme des exemples de réussite en matière
de micro finance ? Là-bas, l’intervention d’institutions
financières internationales règle le problème. Ce qui n’est pas
le cas en Côte d’Ivoire.
Pour régler le problème, les autorités ont pensé à la création
d’une structure de garantie qui interviendra en cas de sanction
pour soutenir les charges financières.
Mais en attendant, il ne faut pas croire que les fondateurs et
autres dirigeants d’institutions de micro finance sont libres de
faire n’importe quoi. Les autorités de tutelle qui sont
conscientes que ce serait un cataclysme social et même politique
si d’importantes institutions s’écroulaient, ont nommé des
gendarmes pour contrôler de manière préventive. Ces gendarmes
sont réunis au sein de la commission nationale de la micro
finance dirigée par le directeur général de la Comptabilité
publique et du Trésor. Elle a été mise en place par décret le 8
août 2002. Elle est chargée, entre autres, de tout rapport ou
d’études relatifs à la gestion des institutions de micro
finance, de l’audition des dirigeants des institutions dans tous
les cas se rapportant à leur situation financière, de
l’assainissement du secteur. La commission est composée de la
direction nationale de la BCEAO, du directeur du Trésor, de
l’inspecteur général du Trésor, de l’agent judiciaire du Trésor
et du directeur général de l’économie.
Et ce n’est pas tout. Les autorités, toujours dans un souci de
prévention, mettent un point d’honneur à aider au renforcement
des capacités des responsables des structures de micro finance.
Des séminaires de formations ont déjà été organisés pour eux.
Les sociétaires des différentes institutions de micro finance ne
sont donc pas seuls face aux dirigeants qu’ils ont choisis. Un
contrôle bel et bien existe. Eux aussi doivent rester vigilants.
Il y va de leurs propres intérêts.
Pour l’instant, félicitations les dirigeants – à tous les
niveaux – du réseau Coopec. Leur instrument, malgré les
problèmes de “créances délinquantes” et autres difficultés, se
porte bien. Les immeubles réalisés dans certaines localités
démontrent le dynamisme de leur réseau.
Auteur: ALAKAGNI Hala "frat mat |